Peu après minuit, le 2
août, Mohammed Hassan, a été réveillé en sursaut. Cet adolescent de
14 ans était allongé dans le noir dans la cave de la maison
familiale, près de Baalbeck, quand il a été réveillé par un grand
fracas de portes cassées et de fenêtres brisées.
L'instant d'après, il se trouvait face à un commando israélien.
"Ils se sont mis à crier, nous ont obligés à monter et, l'un après
l'autre, nous ont ligoté les mains derrière le dos avec des sortes
de lacets en plastique", raconte-t-il à un correspondant de l'AFP
dans la Bekaa.
Mohammed Hassan s'était réfugié avec son père, sa mère, ses
frères et soeurs, et les voisins dans le sous-sol de leur maison à
Hay al-Osseira, une banlieue à quelque 3 km à l'est de Baalbeck,
bastion du Hezbollah, la formation chiite que l'Etat hébreu veut
éliminer.
Leur quartier avait été abandonné par la majorité des résidents
effrayés par les bombardements israéliens, mais son père Hassan Diab
avait peur de laisser son magasin d'alimentation à la merci des
pillards.
Cette nuit-là, les visiteurs ne voulaient pas voler des boîtes
de conserves. Et c'est sans doute son patronyme qui a valu à toute
la famille de Mohammed Hassan ce réveil en sursaut: ils s'appellent
Nasrallah.
Les Nasrallah se sont retrouvés, bien malgré eux, au coeur d'une
opération héliportée lancée par l'armée israélienne, loin en
territoire libanais, dans le cadre de l'offensive lancée le 12
juillet contre le Hezbollah, et son chef seyyed Hassan Nasrallah.
"Ils étaient une dizaine à entrer dans la maison", poursuit
Mohammed Hassan. "Ils ont placé d'un côté les femmes et les enfants,
qui n'ont pas été ligotés, et les hommes de l'autre. Moi, j'étais
avec les hommes".
Israël a expliqué par la suite que 200 de ses commandos se sont
posés près de Baalbeck et ont attaqué un hôpital, et un autre
objectif dans la ville.
"Ils criaient et nous malmenaient", raconte encore Mohammed
Hassan. "Ma mère est intervenue et leur a dit d'avoir pitié des
enfants et de nous traiter avec douceur. +Tais-toi ou je te tue+, a
crié un des Israéliens qui a tout de suite tiré une rafale au-dessus
de sa tête".
Ils vont être six, dont Mohammed Hassan, à être emmenés par les
Israéliens. Son père, Hassan Diab, 60 ans, son frère Bilal, 28 ans,
deux voisins, Ahmad al Aouta,60 ans et Mohammad Chakar,50 ans, et
Hassan Al-Bourgi, le fiancé de sa soeur.
Escortés par une centaine de soldats, ils vont marcher pendant
une heure et vingt minutes jusqu'aux hélicoptères, qui attendent
dans un champ. "Tout au long du chemin, ils nous posaient des
questions. Ils s'exprimaient en bon arabe, certains avec un peu
d'accent. Ils nous demandaient si on était membres du Hezbollah, et
si nous étions parents de Nasrallah", le secrétaire général du parti
chiite, Hassan Nasrallah.
Le patronyme Nasrallah est courant au Liban et se retrouve dans
toutes les communautés. Le chef du Hezbollah est originaire de
Bazouriyé, un village du Liban sud, et n'a aucune relation de
parenté avec cette famille de l'est du Liban.
Une fois arrivés aux hélicoptères, les soldats israéliens ont
fait monter les adultes, puis ils se tournent vers Mohammed Hassan :
"Ils m'ont délié, m'ont donné un coup de pied et m'ont dit de m'en
aller".
Ils est alors 02h20 (23h20 GMT). Les hélicoptères s'envolent,
avec ce que les Israéliens considèrent être de dangereux
responsables de la formation chiite qui depuis trois semaines leur
donne du fil à retordre dans un face-à-face pourtant inégal.
"Je me suis mis à courir avec mes tongs. Il y avait un drone
armé qui tirait tout autour de moi. Je n'ai pas été touché, mais
j'ai reçu un éclat de roche dans le dos. Je me suis caché dans la
première maison, qui était vide".
Quand les tirs ont cessé, vers 06h00 (03H00 GMT), Mohammed
Hassan quitte son refuge, et gagne la maison de son oncle, à
Baalbeck. Il y retrouve sa mère, Oum Bilal, qui n'a plus qu'un seul
espoir : que le Comité International de la Croix Rouge (CICR) lui
donne des nouvelles de son mari.
--Hikmat CHREIF, AFP